Des livres & moi - "Docteur Feel Good" de David Gourion : une BD pour mieux comprendre nos ados (et les aider, un peu)
Je ne suis pas une grande fan des livres “recettes” sur l’adolescence. Je ne suis pas une grande fan des “recettes” toutes faites d’un point de vue général.
Trop souvent, ça survole, ça simplifie, ça donne des conseils plaqués, des conseils vus et revus ou irréalistes.
Mais Docteur Feel Good, la BD de David Gourion (psychiatre) et Muzo (illustrateur), réussit un truc rare : parler de psy, parler d’ado, parler vrai — et faire du bien.
Ce serait presque l’exception qui confirme la règle.
Je l’ai lu d’une traite (je l’ai terminé il y a 5 minutes, bon un peu plus le temps d’écrire l’article du blog).
Et j’ai su que j’allais (et devais) en parler ici, parce qu’il fait exactement ce que je m’efforce de faire dans mes accompagnements : mettre des mots sur ce qu’on vit, sans détour, sans drame, mais avec précision et humanité.
C’est un vrai livre feel good (oui il était facile) et intelligent à mettre entre toutes les mains, celles des parents mais aussi des ados.
Un ado, un psy, une première consultation
L’idée du livre est simple : on suit la première rencontre entre un ado et un psy.
Le cadre est clair, sans effets de style : un cabinet, un canapé, deux fauteuils.
Et au centre, une parole qui se libère.
Beaucoup de sujets sont abordés lors de ce premier échange, des sujets personnels mais aussi des explications médicales et scientifiques.
L’ado, d’abord sur la défensive, laisse peu à peu tomber les barrières.
Le psy écoute, pose des questions, reformule, explique.
Les explications sont à la fois à destination de l’ado mais aussi du lecteur.
Pas pour “analyser”, mais pour rendre compréhensible ce qui se joue dans la tête de l’ado.
Et ce n’est pas toujours facile mais le challenge a été relevé et réussi.
Le tout en BD. Et ça fonctionne. Vraiment.
Le dessin de Muzo apporte de la distance, de l’humour, de la légèreté aussi (car sur certains des thèmes traités il en faut un peu), un côté vivant et visuel qui rend le propos très accessible.
Des vrais sujets, pas des caricatures
Ce n’est pas une BD pour rire, loin de là.
Même si on sourit (bon j’ai même ri parfois : les auteurs ont su croquer certains comportements des ado avec précision mais aussi une grande finesse et surtout beaucoup de tendresse).
Ce n’est pas une BD pour faire la morale. Même si elle nous fait réfléchir.
Docteur Feel Good aborde des sujets concrets, du quotidien, et surtout, justes :
la pression scolaire et l’angoisse de l’échec
l’omniprésence des écrans et leur impact sur le sommeil, l’attention, l’humeur
le harcèlement, le mal-être, la solitude
les débuts de consommation de cannabis ou d’alcool
la difficulté à se faire entendre (et à s’écouter soi-même)
Et tout ça est présenté sans pathologiser, sans dramatiser, sans infantiliser.
Le ton est respectueux, franc, intelligent.
Le psy explique, la dopamine, les connexions neuronales, les troubles alimentaires...
Il y a un vrai travail de vulgarisation et d’explications dans cette BD.
On n’est pas dans la caricature du “ado ingérable” ou du “psy qui sait tout”. On est dans un vrai échange. Et même si c’est un psy de papier on a l’impression d’être avec eux.
Un outil pour ouvrir le dialogue
C’est là, je crois, que réside la force du livre : il donne envie de parler. De se dire. D’écouter.
À lire seul.e, ce livre éclaire.
À lire avec son ado, il ouvre une porte. Une porte pour mieux le.a comprendre mais aussi une porte pour l’écouter ou parler de certains sujets.
À lire en tant que pro, il rappelle l’essentiel : aller chercher ce qu’il y a derrière le comportement. Traduire. Mettre en lumière. Redonner du sens.
Dans mes accompagnements, je le vois tous les jours : ce qui apaise, ce n’est pas forcément de “résoudre” — c’est de comprendre. De nommer. De mettre de la clarté là où il y avait juste “ça ne va pas”.
J’ai vu des ados changer de comportements non pas parce que j’avais une baguette magique, une solution toute faite ou une recette miracle, mais juste parce que je les avais écoutés, que j’essayais de les comprendre et de comprendre tout court.
Et cette BD le fait. Avec pudeur. Avec efficacité. Avec humanité.
Un petit mot sur David Gourion et Muzo
David Gourion est psychiatre. Il a été chef de clinique à l’hôpital Sainte-Anne, et il connaît bien les ados (et les adultes qui en gardent encore les blessures).
Il a écrit d’autres livres sur la santé mentale (j’en ai d’autres dans ma pile à lire), mais c’est peut-être le plus accessible car sous forme de BD et surtout le public visé est à la fois les parents mais aussi les ados.
Ce qui rend ce livre accessible aussi ? Une consultation psy devient possible et normale. On la vit en même temps que les protagonistes de la BD.
Muzo réussit à illustrer l’intime sans le trahir. Ses dessins sont expressifs, justes, jamais moqueurs.
En bref ? À mettre entre toutes les mains. Vraiment.
Je ne suis pas psy mais les ados que je reçois dans mon cabinet pour de la sophrologie ou du coaching ne sont pas toujours à l’aise au départ, ils se demandent pourquoi ils sont là, ont un peu peur, ne savent pas quoi dire … et puis peu à peu la parole se libère, la confiance s’installe.
J’ai lu cette BD avec mon oeil de coach mais aussi avec mon oeil de maman d’ados.
Je sais que je vais le passer à mes ados (pas encore à ma pré-ado, je pense qu’elle est encore trop jeune) et qu’ils me poseront certainement des questions en rapport avec cette BD.
Je sais aussi que je le prêterai à certains de mes coachés, certains ados ou parents d’ados.
C’est un livre qui aide à comprendre un peu mieux ce qui se passe dans la tête des ados, à ouvrir un dialogue sans forcer, et surtout à démystifier la consultation psy.
Il aide à mettre de la nuance dans un monde qui colle trop vite des étiquettes et offre même quelques clés bien utiles pour avoir un point de vue différent, faire autrement et accepter de se remettre en question.
Non, on ne soigne pas tout avec des BD (et c’est bien dommage).
Mais avec cette BD on peut déjà commencer à mieux se comprendre et à mieux comprendre nos ados.
Et rien que ça c’est déjà énorme, non ?