L’hyperparentalité : entre amour et contrôle, comment trouver l’équilibre ?
La parentalité doit-elle forcément rimer avec la quête du bonheur parfait ? Tout est comme souvent une question de dosage et d’équilibre … de “ça dépend”.
En fait la parentalité devrait être envisagée comme la vie, avec des hauts, des bas, des obstacles, des surprises et du lâcher prise parce qu’au final on ne peut pas tout contrôler (même si on le veut très très fort).
Imaginez un parent assis devant son ordinateur. Il vérifie une fois de plus les devoirs de son enfant en même temps qu’il demande anxieux au groupe Whatsapp de la classe les devoirs à faire. Il planifie la semaine à venir : rendez-vous chez le dentiste, cours de musique, et match de football.
Les to-do lists s’allongent, alimentées par la peur que l’enfant ne manque aucune opportunité. Un peu comme du FOMO mais pour son enfant.
Dans le monde de l’hyperparentalité, chaque détail de la vie de l’enfant est supervisé, soupesé, mesuré pour assurer son succès. Dans ce monde-là, le parent est control-freak.
L’envie de tout offrir à ses enfants et surtout le meilleur est naturelle. On a envie de les (sur ?)protéger, d’être là pour eux à chaque instant, de faire en sorte qu’ils ne vivent rien de mauvais ou juste de faire en sorte qu’ils ne vivent aucune erreur ou qu’ils vivent dans un monde parfait.
Si les intentions sont souvent nobles, les répercussions de ce phénomène peuvent être lourdes, tant pour les enfants que pour les parents. D’ailleurs on appelle aussi ces hyper-parents les “parents-hélicoptères”.
Explorons les origines, les manifestations et les conséquences de l’hyperparentalité, tout en nous inspirant des leçons de Vice-Versa (oui oui le dessin animé, après cet article vous le verrez peut-être d’un autre oeil) pour favoriser un équilibre. Parce que mine de rien, il y a plein de leçons à tirer de ce dessin animé.
Comme souvent en parentalité, il nous faut réfléchir à ce qu’on aimerait transmettre à nos enfants en termes de valeurs et de leçons (allez lire cet article pour en savoir plus).
Et il nous faut apprendre la juste mesure, celle qui n’est ni too much ni pas assez mais aussi celle qui est juste pour nous, qui nous convient. Il nous faut aussi accepter de le faire à notre façon, c’est-à-dire celle qui nous convient et qui convient à notre famille, car en matière de parentalité il n’y a pas de “il faut”, “je dois”, “c’est comme ça qu’il faut faire” … la seule chose qu’il faille une parentalité réfléchie, consciente et bienveillante (même s’il y a quand même quelques règles de base universelles à respecter).
Il nous arrive à tous d’être parfois sur-protecteurs (et c’est normal), surtout avec des tout-petits.
Je l’ai été et le suis encore parfois avec mes enfants, mais je ne le suis pas tout le temps et surtout je leur laisse faire des erreurs et en tirer des leçons par eux-mêmes.
Il faut juste que le curseur ne soit pas systématiquement du côté de la sur-protection.
Cet article n’a pour but que de vous faire réfléchir et grandir dans votre rôle de parent.
« L’éducation consiste à donner aux enfants les moyens de devenir des adultes autonomes et responsables, capables de faire face aux défis de la vie. »
L’hyperparentalité, à la croisée des attentes modernes ?
L’hyperparentalité est un concept apparu avec la modernisation de la parentalité et la montée des standards sociaux. L’hyperparentalité est aussi parfois appelée parentalité intensive.
Elle fait référence à une surimplication des parents dans la vie de leurs enfants. Cela se manifeste par une supervision constante et une anticipation des besoins de l’enfant (avant même que ces besoins ne soient exprimés, voire même avant que l’enfant ne les ressentent), afin d’éviter les échecs ou les déceptions.
À l’opposé de la liberté dont jouissaient les enfants il y a quelques décennies, on observe aujourd’hui une tendance à la supervision plus que minutieuse. Parce que, oui l’évolution de la société induit certains de nos comportements de parents, nous nous sommes adaptés. Mais ne rejetons pas la faute uniquement sur la société, non plus. Nous sommes responsables de nos choix et de nos comportements.
Origines sociétales et culturelles
Je suis sûre qu’il y en a plein, et qu’étudier l’évolution de la parentalité à travers les âges serait plus que passionnant mais je ne suis pas sociologue, donc je ne relèverai que certains points (et oui ce sera totalement incomplet), ceux qui me semblent importants.
la pression sociétale
La compétition scolaire et sociale incite les parents à maximiser les chances de réussite de leurs enfants.
les injonctions médiatiques
Les réseaux sociaux, notamment mais pas seulement non plus (magazines, livres, émissions de télé …), présentent souvent des images de parentalité parfaite (et c’est vrai dans d’autres domaines que la parentalité bien sûr), renforçant les attentes et la culpabilité des parents qui n’arrivent pas à vivre la même chose.
les peurs modernes
La peur de l’échec ou des dangers potentiels pousse les parents à surveiller et à encadrer chaque aspect de la vie de leurs enfants. Régulièrement, je réfléchis à mon enfance et mon adolescence et je les compare à celles de mes enfants, et je vois que j’avais plus de liberté que mes enfants dans certains domaines.
Dans le film Vice-Versa (Inside Out en V.O.), Joie illustre cette quête de contrôle en cherchant à éliminer toute tristesse dans la vie de Riley. De même, les parents hélicoptères tentent de minimiser les risques d’échec, mais au prix d’empêcher le développement de la résilience ou d’autres compétences nécessaires pour surmonter les obstacles inhérents à la vie.
L’hyperparentalité au quotidien, c’est comment ?
L’hyperparentalité ne se vit pas de la même manière que l’on soit parent ou enfant, mais dans tous les cas cela a des impacts directs sur nous, notre bien-être et nos compétences.
Côté parents : la charge mentale et un contrôle illusoire
La charge mentale parentale est souvent liée à la gestion des emplois du temps, des repas équilibrés (faits maison, of course), des résultats scolaires et des interactions sociales des enfants. On est en état d’hypervigilance constante pour tout faire pour nos enfants et préparer le terrain, anticiper le moindre accroc qu’ils pourraient rencontrer … ce qui alourdit considérablement notre charge mentale déjà bien présente.
Cette vigilance permanente est épuisante et alimente le burnout parental (et si vous voulez en savoir plus sur la charge mentale et le stress d’une manière générale, et avoir des moyen de vous en protéger, c’est ici avec mon e-book).
Une préparation excessive : certains parents passent des heures à planifier les activités et à superviser les devoirs (et surveiller les performances, un peu comme Duboss surveille nos KPIs). Quelle activité lui faire faire pour développer tel savoir ou telle compétence, car on a lu que faire XX était nécessaire pour développer YY. Conclusion, l’emploi du temps de Junior n’a rien à envier à celui d’un ministre et nous on doit gérer cet emploi du temps et les aller-retours.
Surprotection : ils interviennent à la première difficulté rencontrée (voire avant même que la difficulté apparaisse) par l’enfant, privant ce dernier de l’occasion d’apprendre de ses erreurs.
Dans Vice-Versa, Joie illustre ce comportement en essayant de minimiser les actions de Tristesse, ce qui provoque au final un chaos émotionnel chez Riley. En tant que parent, on préfère largement voir Junior heureux et en train de rire, mais il est sain qu’il expérimente d’autres émotions, y compris la tristesse. C’est de cette manière qu’il va bien se construire et développer de nouvelles compétences. Imaginez un instant que Junior n’a jamais expérimenté la tristesse, l’échec ou la frustration dans son enfance, que se passera-t-il le jour où adulte il expérimentera pour la première fois cet écueil ? Il sera vraisemblablement déstabilisé et ne saura pas comment faire. Je ne dis pas qu’il faut le rendre triste ou frustré, je dis juste que cela fait partie de la vie et qu’il faut lui apprendre à y faire face quand cela se présente.
Côté enfants : pression et manque d’autonomie
Les enfants de parents hyperprésents évoluent dans un cadre où chaque action est scrutée et orientée vers la réussite. Cela entraîne plusieurs conséquences :
Pression permanente : les enfants ressentent une obligation de réussir pour satisfaire leurs parents voire de répondre à leurs attentes (dites et non dites). C’est lourd pour un enfant de supporter cette pression, d’autant qu’il la ressent mais ne la comprend pas toujours.
Manque d’autonomie : ne pouvant régler seuls les problèmes, ils développent une dépendance émotionnelle. Et il risque d’avoir l’impression qu’il ne sait pas faire sans son parent car on ne lui a jamais montré qu’il était capable de le faire.
Difficulté à gérer les émotions négatives : ayant été protégés des échecs, ils peuvent se sentir démunis face à la frustration.
Quelles conséquences sur le long terme ?
L’hyperparentalité a des conséquences à court-terme mais aussi à long terme.
Pour les enfants :
Dépendance émotionnelle : Les enfants ont du mal à prendre des décisions sans approbation parentale.
Manque de résilience : Ne faisant pas face à l’adversité, ils manquent de ressources pour surmonter les échecs.
Problèmes de confiance en soi : ils doutent de leurs capacités car ils ont rarement été confrontés à des défis seuls. La crainte de décevoir les parents peut aussi miner leur estime personnelle.
Anxiété et stress : la pression de performance peut mener à des troubles anxieux.
Manque de résilience : ils ont du mal à gérer les échecs ou les situations complexes.
Pour les parents :
Burnout parental : l’exigence constante de perfection entraîne fatigue et épuisement.
Relations sous tension : les conflits peuvent surgir lorsque l’enfant cherche à s’émanciper, notamment à l’adolescence.
Dans Vice-Versa, Joie apprend que Tristesse est essentielle pour permettre à Riley de surmonter ses difficultés. De la même manière, les enfants ont besoin d’expériences négatives pour grandir. Car oui les situations ou émotions désagréables sont des sources d’apprentissage énormes et en faire l’impasse empêche certaines compétences de se développer.
Les émotions négatives : des alliées indispensables au développement
Les émotions négatives, telles que la tristesse, la colère ou la déception, sont souvent perçues comme des éléments à éviter. Pourtant, elles sont essentielles au développement émotionnel de l’enfant.
Résilience : la capacité à surmonter les épreuves dépend de l’expérience préalable des échecs.
Empathie : comprendre la douleur ou la tristesse des autres passe par l’acceptation de ses propres émotions.
Comment sortir du cercle vicieux de l’hyperparentalité ?
L’idée n’est pas de passer d’un extrème à l’autre mais de lâcher prise sur certaines choses et d’en accepter d’autres. On a envie de bien faire mais à trop vouloir bien faire on en oublie certaines évidences.
Alors voilà quelques axes et pistes de réflexion :
Favoriser l’autonomie : laissez l’enfant affronter des situations difficiles par lui-même et lui confier des responsabilités adaptées à son âge.
Valoriser l’effort, pas uniquement la réussite : l’important est de soutenir le processus, pas seulement le résultat.
Prendre du recul : accepter que l’enfant ne sera pas parfait et que chaque erreur est une opportunité d’apprentissage.
Privilégier la qualité du temps : Mieux vaut partager des moments authentiques que multiplier les activités.
En fait éduquer ses enfants c’est comme grandir ensemble.
L’hyperparentalité repose sur des intentions louables, mais elle peut priver les enfants de l’opportunité de se construire pleinement.
En acceptant de lâcher prise, les parents peuvent offrir à leurs enfants un cadeau précieux : la liberté d’échouer et d’apprendre.
L’hyperparentalité, bien qu’issue de bonnes intentions, peut nuire au développement émotionnel et social des enfants. En acceptant de lâcher prise et de leur permettre d’échouer, les parents leur offrent un véritable cadeau : la capacité de devenir des individus autonomes et résilients.
"Le vrai courage des parents, ce n’est pas d’écarter tous les obstacles sur la route de leurs enfants, mais de les laisser apprendre à les franchir."