Métro-boulot-dodo : Pourquoi on a l’impression que les jeunes ne veulent plus travailler (et comment changer ça)

Dans le tumulte d’une station de métro à l’heure de pointe, au milieu du brouhaha des annonces et des conversations entre collégiens, une phrase accroche mon attention :

« Ma mère, c’est métro-boulot-dodo... Franchement, ça donne pas envie. »

Le ton du jeune est clair : perplexe, amusé... et peut-être un peu désabusé.

Et moi, je reste figée dans mes pensées, ou plutôt sur cette simple phrase glanée lors d’un trajet en métro.

Cette phrase a résonné dans ma tête plusieurs jours. Pourquoi ? Parce qu’elle fait écho à quelque chose que j’observe souvent dans mes coachings. Parce qu’elle traduit une vision inquiétante du travail (ou plus exactement de la valeur travail) chez les jeunes générations.

Lorsqu’ils envisagent leur avenir professionnel, cela reflète davantage leur peur d’un quotidien dénué de sens que de la vision d’une activité épanouissante avec ce fameux sentiment d’accomplissement que l’on recherche.

De mon point de vue de coach et de parent, c’est ce que je trouve inquiétant. Cette vision du travail a des impacts dans les études et dans les choix que nos ados peuvent faire aussi, mais pas que finalement.

Et si cette vision venait directement de nous, les adultes ?

En tous cas, nous avons une part de responsabilité dans cette vision négative du travail.

Le problème : une vision déformée du travail chez les jeunes

De plus en plus de jeunes entrent dans la vie active avec une méfiance croissante envers le travail. D’ailleurs ils l’ont même avant de commencer leur vie active.

Ils l’associent à des contraintes, à la fatigue et au stress.

Pourquoi ? Parce qu’ils voient leurs parents rentrer épuisés, stressés, sans enthousiasme.

Il suffit d’écouter les conversations à table :
Les contraintes : les délais, la pression, les réunions interminables...
Les conflits : le collègue toxique, le manager insupportable...
Les sacrifices : les heures supplémentaires, le manque de temps pour soi, la difficulté de tout faire, les impacts de la vie de famille sur la vie professionnelle...

Et les bons moments ?

Quasiment absents des discussions.

Comme s’il était indécent d’admettre qu’on peut aimer son travail voire pire qu’on peut adorer travailler.

En plus, le mal être au travail ou le désengagement des salariés sont des thèmes qui reviennent régulièrement dans les études.

Ce n’est pas juste un constat. Il nourrit une vision du travail comme un fardeau inévitable.

Les conséquences : désillusion et manque de motivation

Quand on présente le travail uniquement sous l’angle des contraintes, les jeunes finissent par se demander : « Pourquoi travailler si c’est pour s’ennuyer et être épuisé.e ? »

Cette question, je l’entends régulièrement dans mon cabinet.

Si on présente le travail uniquement sous l’angle des sacrifices, les jeunes finissent par se demander :

👉 “Pourquoi travailler si c’est pour être malheureux ?”

Dans mon cabinet, je vois de plus en plus de jeunes :

  • Sans motivation : ils choisissent des métiers “par défaut”, sans passion ni enthousiasme.

  • Paralysés par la peur de l’échec : ils redoutent de s’enfermer dans une routine qui ne leur correspond pas.

  • En quête de sens : ils veulent un métier qui leur apporte plus qu’un simple salaire.

Ce phénomène explique aussi une partie des tensions intergénérationnelles au travail. La génération Z casse les codes et refuse l’ancien modèle du “travail à tout prix”. Elle remet en question la valeur travail telle qu’on la connaît et/ou qu’on la vit.

Se sacrifier pour son travail ou sacrifier son bien-être ou sa vie de famille à cause du travail n’est plus une option pour la génération Z . Les managers des générations précédentes ne comprennent pas la génération Z et beaucoup de frustrations et critiques en ressortent. Pourtant si on reposait les choses et qu’on communiquait davantage (et mieux) beaucoup des frictions seraient évitées.

Beaucoup de jeunes adultes ont du mal à trouver une voie qui les motive. Mais c’est difficile d’être motivé.e et de se motiver quand le modèle qu’on a sous les yeux ne nous fait pas rêver et qu’on en voit les failles ou uniquement les inconvénients.

Ils craignent de s’enfermer dans un quotidien dénué de sens, sans parler des différentes crises qu’ils traversent et qui augmentent l’incertitude et les peurs (et qui n’étaient pas aussi présentes pour les générations précédentes) : crise économique, crise écologique, crise politique, crise idéologique …

Et franchement, peut-on leur en vouloir ?

Notre responsabilité : Comment avons-nous transmis cette image ?

Les adultes sont les premiers responsables de cette perception négative.

Depuis qu’ils sont petits, nos enfants nous entendent parler du travail et même si on n’en parle pas, notre non-verbal parle pour nous ou alors les petites phrases que l’on dit quand on reçoit le bulletin ou alors qu’on va voir les notes sur pro-note (“c’est pas avec ça que tu vas trouver du boulot” ou “tu vas finir …” je vous laisse le soin de remplir le blanc).

Et souvent, c’est un récit à sens unique :
📉 On insiste sur les sacrifices et les galères.
🤐 On oublie de parler des réussites et des moments gratifiants.
😐 On a peur de paraître irresponsables si on avoue qu’on s’amuse aussi au boulot.

Le pire ? On n’en a même pas conscience.

Nous avons intégré l’idée que “travail” rime avec “sérieux”. On s’imagine que grandir signifie devenir adulte, mettre un costume sombre et cesser de sourire.

Ce qu’on peut changer (et facilement en plus) : redonner du sens au travail

Bonne nouvelle : il n’est jamais trop tard pour changer le discours et transmettre une vision plus équilibrée du travail.

Concrètement il y a quelques petits trucs à faire, et pas des trucs très compliqués en plus.

Ce que cela va vous demander ? un petit effort d’introspection et essentiellement de changer votre discours.

Vous verrez, ce n’est pas si compliqué et surtout cela vous fera du bien, même à vous.

🔹 1. Partager nos expériences positives

À la maison, essayons de raconter les bons moments de nos journées :
Une victoire : un projet réussi, un problème résolu.
Un moment drôle : un fou rire entre collègues.
Un défi relevé : un challenge qui nous a stimulés.

Essayons un défi : comme on le fait pour les “3 kifs du jour”, pourquoi ne pas instaurer les “3 moments positifs du boulot” à partager en famille ?

🔹 2. Encourager l’exploration et la curiosité

Plutôt que d’imposer des modèles aux jeunes, mieux vaudrait les aiguiller vers ce qui les anime :

  • Discuter avec eux de leurs centres d’intérêt.

  • Valoriser l’expérimentation (stages, mentors, bénévolat...).

  • Montrer que les parcours linéaires ne sont plus une obligation et ne sont plus la norme.

Aujourd’hui, on peut cumuler plusieurs activités, se réinventer, explorer plusieurs facettes de soi.

🔹 3. Insister sur la notion de sens

Travailler, ce n’est pas seulement avoir un salaire. C’est aussi :
✔ Se sentir utile.
✔ Développer de nouvelles compétences.
✔ Contribuer à un projet qui a un impact positif.

Un outil puissant pour cela ? L’ikigaï (c’est une des raisons qui m’a fait développer ma méthode coach’igai, très appréciée des jeunes professionnels).

Aider un jeune à réfléchir à ce qui fait sens pour lui peut transformer son rapport au travail.

🔹 4. Montrer que des modèles positifs existent

Certaines entreprises valorisent le bien-être au travail :

  • Horaires flexibles et équilibre pro/perso.

  • Espaces de créativité et collaboration.

  • Bienveillance et management humain.

Ces modèles ne sont pas des mythes. Ils existent et se développent. Il faut en parler !

Vers un nouveau récit du travail

Changer la perception du travail ne veut pas dire cacher ses difficultés.

Mais il faut remettre les choses à leur juste place.

Si nous voulons que les jeunes voient le travail comme une opportunité d’épanouissement, rééquilibrons notre discours.

📢 Montrons-leur qu’il est possible de s’accomplir tout en restant responsable.

La prochaine fois que j’entendrai un ado parler du métro-boulot-dodo, j’espère que ce sera différemment :

“Ma mère ? Elle adore ce qu’elle fait. Elle rentre souvent avec des anecdotes drôles.”

Ce jour-là, nous aurons transmis bien plus qu’un simple modèle professionnel : une vraie leçon de vie.

💬 Et vous ?

  • Avez-vous déjà remarqué ce discours négatif sur le travail chez les jeunes autour de vous ?

  • Quels sont vos trois moments positifs au boulot aujourd’hui ?

  • Qu’allez-vous partager de votre quotidien au boulot avec vos enfants ?

Partagez vos réflexions en commentaires !

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